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Full text of "Collection complète des oeuvres de J.J. Rousseau, citoyen de Genève Volume 13"

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COLLECTI[ON 

COMPLETE 

DES 

Jo Jo 

([  UVRES 

DE 

ROUSSEAU, 

CITOYEN DE GENEVE, 
Ornge de son portrait. 

TOME TREIZIEME. 

Contenant considerations sur le Gouvernement de Pologne.---Dic- 
tionnaire de Botanique. --- Lettres lmentaires sur la Botanique. 
--- Jugement sur la paix perp&uelle. --- Polysynodie de l'abb 
de S. Pierre. --- Essay sur l'origine des langues. 

A G E N E V E, 
ET A PARIS, 
Chez V o . . a q D, Libraire, Quai des Augustins, 

]I. DCC. XC. 



Pq 

,3 



CONSIDERATIONS 

LEG 
DE 

SUR 
OUVERNE 
PO L OGNE, 

ET 

MENT 

SUR SA REFORMATION PROJETTEE. 
PAR ]. ]. ROUSSEAU. 
En Mvril 77- 

T 



334 

oifeufes aux yeux des hommes fuperficiels, mais qui forment des 
habitudes ch6ries & des attachemens invincibles. Si j'extravague ici, 
c'elt du moins bicn compl6tement ; car j'avoue que je vois ma folie 
fous tous les traits de la raifon. 

CHAPITRE II. 

j"lrit des ancientzes inflitueions. 
Qtr^rt on lit l'Hiltoire ancienne, on fe croit tranfport dans un 
autre univers & parmi d'autres dtres. Qu'ont de commun les Franffois, 
les Anglois, les Ruffes avec les tlomains & les Grecs . Rien prefque 
que la figure. Les fortes ame, do ,:eux-ci paroiffent aux autres des 
exagdrations de l'hifoire. Comment, eux qui fe fentent fi petits , 
penferoient-ils qu'il y air eu de fi grands hommes . Ils exilterent 
pourtant, & c'toient des humains comme nous : qu'elt-ce qui nous 
empche d'etre des hommes comme eux . Nos prjugs, notre bafl'e 
philofophie, & les paflions du petit intrdt, concentres avec l'dgo'ifme 
dans tous les c0eurs, par des inltitutions ineptes que le. gnie ne di6ta 
jamais. 
Je regarde les nations mo3ernes. J'y vois force faifeurs de loix, & 
pas un lgiflateur. Chez les anciens, j'en vois trois principaux qui m- 
ritent une attention particuliere : Mo'ife, Lycurgue, & Numa. Tous 
trois ont mis leurs principaux loins k des objets qui paroitroient k 
nos do6teurs dignes de rifle. Tous trois ont eu des fuccs qu'on juge- 
roit impoflibles, s'ils &oient moins -arteries. 
Le premier forma & excuta l'tonnante entreprife d'inltituer en 
corps de nation un effaim de malheureux fugitifs, fans arts  llns armes  
fans talens, fans vertus, fans courage, & qui n'ayant pas en propre un 
feul pouce de terrain, faifoient une troupe trangere fur la face de 
la terre. MO'l'fe ofa faire de cette troupe errante & fervile un corps 
politique, un peuple libre ; & tandis qu'elle erroit dans les d6ferts 
fans avoir une pierre pour y repofer fa tdte, il lui donnoit cette 
inltitution durable, k l'6preuve du terns, de la fortune & des con- 
iiu6rans, que cinq mille ans n'ont pu dtruire ni mme altrer, 8: 



ou foyer d'adminittration, oa routes les forces particulieres fe runi- 
font toaiours pour opprimer le Souverain. Dans prefque toute no 
R@ubliques, les Confeils font ainli diribus en d@artemens qui, 
clans leur origine, toient ind@endans les un des autres , & qui 
bient6t ont ceff de l'tre. 
L'invention de cete divifion par chambres ou d@artemens e 
moderne. Les anciens qui favoient mieux que nous comment fe 
maintient la libert  ne connurent point t expedient. Le Snat de 
Rome gouvernoit la moiti du monde connu, & n'avoit pas mme 
l'ide de ces partages. Ce Snat, cependant, ne parvint jamais  op- 
primer la puiffance lgiflative, quoique le Snateurs fuffent h vie. 
Nais le loix avoient de Cenfeurs, le peuple avoit de Tribuns, & 
le Snat n'61ifoit pas les Conful. 
Pour que l'adminiration foit forte, bonne  & marche bien  fort 
but route la puince ex6cutive dolt 6tre dan5 les mme mains : 
mais il ne runt pas que ces mains changent ; il faut qu'elles n'agif- 
fent 'il e poble, que fous les yeux du lgiflateur, & que ce foit 
lui qui les guide. Voil le vrai fecret pour qu'elle n'ufurpent pas 
fon autorit. 
Tant que le Etats s'affembleront & que le Nonce changeront 
frquemment, il fera diNcile que le Snat ou le Roi oppriment oa 
ufurpent l'autorit lgiflative. I1 e remarquable que iufqu'ici le 
Roi n'aient pas tent de rendre les Diete plus rare quoiqu'ils ne 
fuffent pa forc, comme ceux d'Angleterre ,  les affembler frd- 
quemment fous peine de manquer d'argent. I1 faut, ou que les chofe 
fe foient touiour trouves dans un tat de crife qui air rendu l'au- 
torit royale infulnte pour y pourvoir, ou que les Rois fe foient 
affurs par leur brigue dans les Ditines d'avoir touiours la plura- 
lit des Nonces  leur difpofition, ou qu' la faveur du liberum veto, 
ils aient t ffirs d'arrter touiours les dlibrations qui pouvoient 
leur d@laire & de dillbudre les Dietes  lcur volontd. Quand tous 
ee motifs ne fubliaeront plus, on dolt s'attendre que le Roi, ou le 
Snat, ou tous le deux enfemble feront de grands efforts pour fe dd- 
livrer des Diete & le rendre aui rares qu'il 1 pourra. Voila ce 
qu'il faut fur-tout prvenir & empdcher. Le moyen propof e le 
feul, il e fimple, & ne peut manquer d'etre ecace : il e biet 
Yy ij 



Po  ,oc  v  . 
'ont part 5. l'adminittration, feront partags en trois claes marque 
par autant d fignes difiinifs que ceux qui compolbront ces claflbs 
porteront fur leurs perfonnes. Les ordres de chevalerie, qui jadis 
&oient des pre,ves de vertu, ne font maiutenant que des fignes de 
la faveur des Rois. Les rubans & bijoux qui en tbnt la marque, ont 
un air de colifichet & de parure f6minine qu'il faut viter dans notre 
inffitution. Je voudrois que les marques des trois ordres que je pro- 
pole fuffent des plaques de divers m&aux, dont le prix mat&iel 
feroit en raifon inverfe du grade de ceux qui les porteroient. 
Le premier pas dans les affaires publiques fera prcd d'une 
preuve pour la jeuneffe dans les places d'avts , d'aflbffeurs, de 
juges mme dans les tribunaux fubalternes, de r6giffeurs de quelque 
portion des deniers publics, & en gn&al dans tous les pores inf- 
rieurs qui donnent  ceux qui les remtliffent occalion de montrer leur 
re&ire , "leur capacit, leur exaitude & fur-tout leur intgrit& Cet 
&at d'dpreuve doit durer au moins trois ans, au bout defquels, munis 
des certificats de leurs fup&ieurs & du tmoignage de la voix 
blique, ils fe prfenteront k la Didtine de leur province, oh, apr 
un examen fvere de leur conduite, on honorera ceux qui en feront 
jug,s dignes d'une plaque d'or portant leur nom, celui de leur Pro- 
vince, la date de leur rception, & au-deffous cette infcription en 
plus gros cara&ere :,es Paeri. Ceux qui auront reu cette plaqde 
la porteront toujours attache  leur bras droit ou fur leur cur ; ils 
prendront le titre de rvans d'Eeae, & jamais dans l'ordre Equere 
il n'y aura que des fervans d'Etat qui puiffent dtre dlus Nonces 
Diete, Dputs au tribunal, Commiffaires  la chambre des comptes 
ni charg6s d'aucune fort&ion publique qui appartienne k la fouve- 
rainet& 
Pour arriver au fecond grade, il fera nceaire d'avoir t6 trois 
lois Nonce  la Diete, & d'avoir obtenu chaque lois aux Di&ines de 
relation l'approbation de fes conituans, & nul ne pourra &re lu 
Nonce une feconde ou troitieme lois s'il n'e muni de cet are pour 
fa prdc6dente nonciature. Le fervice au tribunal ou k Radom, en 
qualit6 de commiffaire ou de d6put, dquivaudra  une nonciature, 
& il fura d'avoir fig trois fois dans ces affemble indiff&em- 
merit  mais toujouis avec approbatiol, pour arriver de droit au 



406 o T 
verner des hommes libres. L'h6r6dit6 de la Couronne pr6vient le 
troubles, mais elle amene la fervitude; l'61e&ion maintient la libert6 
mais  chaque regne elle dbranle l'Etat. Cette alternative eft fcheufe, 
mais avant de parler des moyens de l'6viter, qu'on me permette un 
moment de rdflexion lhr la maniere dont les Polonois dilofent ordi- 
nairement de leur Couronne. 
D'abord ie le demande ; pourquoi faut-il qu'ils fe donnent des oi 
&rangers  Par quel lingulier aveuglement ont-ils pris ainfi le moyen 
le plus fr d'affervir leur ntion, d'abolir_ leurs ufages, de fe rendre 
le jouet des autres Cours, & d'augmenter  plaifir 1 orage des interre- 
gnes? Quelle injuRice envers eux-m6mes, quel affront fair  leur 
patrie, comme li, d6fefp6rant de trouver dans lbn fein u. homme 
digne de les commander, ils 6toient forcds de l'aller chercher au 
loin Comment n'ont-ils pas fenti, comment n'ont-ils pas vu que 
c'6toit tout le contraire ? Ouvrez les annales de votre nation, vous 
ne la verrez jamais illuRre & triomFhante que fous des Eois Polonois ; 
vous la verrez prelue toujours opprimde & avilie fous les 6traners. 
Que l'exp6rience vienne enfin  l'appui de la raifon ; voyez quels maux 
vous vous faites & quels biens vous vous 6tez. 
Car, je le demande encore, comment la nation Polonoife ayaqt 
rant fair que de rendre 1 couronne 61e&ive, n'a-t-elle point long6  
tirer patti de cette loi , pour jetter parmi les membres de l'adminiC- 
tration une dmulation de zele & de gloire, qui feule efit plus fair 
pour le bien de la pattie que routes les autres loix enfemble ? Quel 
reflbrt puiffant fur des ames grandes & ambitieufes que cette Cou- 
onne, deinde au plus digne & mile en perfpe&ive devant les yeux 
de tout citoyen qui laura m&iter l'eflime publique Que de vertus, 
que de nobles efforts, l'efpoir d'en acqu6rir le plus haut prix ne doit- 
il pas exciter dans la nation, quel ferment de patriotile dans tous 
les curs, quand on fauroit bien que ce n'eR que par-l qu'on peut ob- 
tenir cette place devenue l'objet fecret des vux de tousles particu- 
liers, fi-tt qu' force de mdrite & defervices, il d6pendra d'euxde sen 
approcher toujours davantage, & fi la fortune les feconde, d'y par- 
venir enfin tout-k-fair  Cherchons le meilleur moyen de mettre en 
jeu ce grand reffort fi puiffant dans la R6publique, & fi nglig4 juf- 
qu'ici. L'on me dira qu'il ne fut pas de ne donner la Couronne qu' 



FR 

UN 

.AGMENS 

DIC 

DES 

EN 

POUR 

TIONNAIRE 

TERMES D'USAGE 

BOTANIQUE. 

Ggg ii 



o_2 I N T R O D U C T I O N; 
les indiquoient pour leurs drogues, ne leur donnoient que des noms 
connus tout au plus dans le lieu qu'ils habitoient ; & quand leurs r- 
cipds couroient dans d'autres pays, on ne favoit plus de quelle plante 
il y 6toit parl; chacun en fubl[ituoit une k fa fantaifie, fans autre 
foin que dc lui donner le mme nom. Voil3. tout Part que les Myrepfus, 
les Hildegardes, les Suardus, les Villanova & les autres Do&eurs 
de ces terns-IS, mettoient i l'tude des plantes dont ils ont parl darts 
leurs livres, & il feroit difficile peut-&re au peuple d'en reconnoitre 
une feule fur leurs noms ou fur leurs defcriptions. 
A la renaiflhnce des Lettres, tout difparut pour faire place aux 
anciens livres ; il n'y eut plus rien de bon & de vrai que ce qui toit 
dans Arifote & darts Galien. Au lieu d'&udier les plantes fur la terre, 
on ne les Studioit plus que darts Pline & Diofcoride, & il n'y a riert 
ti frSquent dans les Auteurs de ces terns-lt, que d'y voir nier l'exif- 
tence d'une plante par l'unique raifon que Diofcoride n'en a pas parl. 
lhlais ces do.[es plantes, il falloit pourtant les trouver en nature pour 
les employer felon les prceptes du maitre. Alors on s'vertua, l'or 
fe mit . chercher, k obferver, . conje&urer & chacun ne manqu,'t 
pas de faire tousfes efforts pour trouver darts la plante qu'il avoit choifie 
les cara&eres dcrits dans fon auteur; & comme les tradu&eurs, les 
:ommentateurs, les praticiens s'accordoient rarement fur le choix, on 
donnoit vingt noms b. la mme plante, & l vingt plantes le rnme 
nom, chacun foutenant que la lienne toit la vritable, & que routes 
les autres n'&ant pas celle dont Diofcoride avoit paris , devoient ltre 
profcrites de deffus la terre. De ce conflit rSfulterent enfin des recher- 
ches, k la v6rit6, plus attentives & quelques bonnes obfervations qui 
rnriterent d'6tre confervSes, mais en m6me-tems un tel cahos de 
nomenclature que les MSdecins & les Herboriltes avoient abfolument 
ceff6 de s'entendre entr'eux :il ne pouvoit plus y avoir communica- 
tion de lumieres, il n'y avoit plus que des difputes de roots & de 
hOrns, & m6me routes les recherches & defcriptions, utiles toient 
perdues faute de pouvoir d$cider de quelle plante chaque auteur 
;ivoit pariS. 
I1 commen:a pourtant .h fe former de vrais Botaniltes, tels que 
Clufius, Cordus, Cefalpin, Geffner, & t fe faire de boris livres & 
inltrutifs fur cette matiere, dans lefquels mme on trouve dja quel- 



$ P I 
ROSETTE. Fleur en rofette ef une fleur monop&ale dont le 
tube eli nul ou trs-court & le l)'mbe trs-applati. 
SEMENCE. Germe ou rudiment fimple d'une nouvelle plante 
uni  ne fubfance propre  fa confervation avant qu'elle germe, 
& qui la nourrit durnt la premiere germination, jufqu' ce qu'elle 
puilTe tirer fon Miment immdiatcment de la terre. 
SESSILE. Cet adje&if marque privation de r&epacle. II hdique 
que la feuille, la fleur ou le fruit auxquels on /'applique tiennent 
imm6diatement . la Flame fans l'entremife d'aucun p&iole ou 
p6dicule. 
SEXE. Ce mot a dt$ &endu au regne vdg&al & y ell: devenu 
famillier depuis l'&abliflbment du fyf[me fexuel. 
SILIQUE. Fruit corot-of6 de deux panneaux retenus par deux 
futures longitudinales auxquelles les graines font attach6es des 
deux c6ts. 
La Silique eli ordinairement biloculaire & partage par une cloi- 
fort . laquelle ef attachSe une pattie des graines. Cependant cette 
cloifon ne lui &ant pas effentielle ne doit pas entrer dans fa dfini- 
tion, comme on peut le voir dans le Cldome, dans la Chilidoine , &c. 
SOLITAIRE. Une fleur folitaire eft feule fur fon pdicule. 
SOUS-ARBRISSEAU. Plante ligneufe ou petit buiffon moindre 
que l'arbriffeau, mais qtfi ne pouffe point en automne de boutons 
" fleurs ou . fruits. Tels font le Thym, le tomarin , le Grofeiller, 
les Bruyeres  &c. 
SOYES. Voyez Polls. 
SPADIX ou RIGIME. C'ef le rameau floral dans la famille 
des Palmiers; il eli le vrai r&eptacle de la fru&ification, entour 
d'un fpathe qui lui fert de voile. 
SPATHE. Sorte de calice membraneux qui fert d'enveloppe aux 
fleurs avant leur 6panouiffement, & fe d&hire pour leur ouvrir le 
pr..ffage aux pproches de la f&ondation. 
Le Spathe eli cara&6rilique dans la famille des Palmiers & darts 
celle des liliaces. 
SPIRALE. Ligne qui fair plufieurs tours en s'&artant du centre 
ou en s'en approchant. 



LET T R ES 
SUP 

LA 

BOTANIQUE, 

A MADAME DE 



de languettes ou dmi-fleurons, tan au milieu qu'h la circonfrece ; 
on les apellefleurs em-euronees,  la fleur entiere dans cette fec- 
tion e toujours d'une feule couleur, le plus fouven: jaune. Telle 
la fleur avpelle De,t-de-Lion ou Pienlit ; relies font les fleurs de 
Laiues, de Chicore (celle-ci e bleue), de Scorfonere, de Salfifis, &c. 
La lconde feion comprend les fleursflcuronn&s, c'e-h-dire, qui 
e font compoies que de fleurons, tous pour l'ordinaire 
feule couleur. Telles fon les fleurs d'Immortelles , de Bardae, 
d'Abfy:he, d'Armoife, de Chardon, d'Arflchaut, qui e un char- 
don lui-mme dont on mane le calice  le rcetacle encore en 
houon, avant que la fleur foit clo & mme fortune. Cette bourre 
qu'on 6re du milieu de l'Artichaut n'efi autre chofe que l'affemblage 
des fleurons qui commencent  fe former, & qui font fpars les uns 
des autres par de longs poils implant's lhr le rceptacle. 
La troifieme feion e celle des Iteurs qui raffemblent les deux 
fortes de fleurons. Cela fe fair toujours de maniere que les fleurons 
entiers occupent le centre de la fleur, & les demi-fleurons forment le 
contour ou la circonf6rence, comme vous avez vu dons la Paquerette. 
Les fleurs de cette feion s'appellent Radides les Botanifies ayant 
donn le nom de Rayon au contour d'une fleur compof6e, quand il e 
form6 de languettes ou demi-fleurons. A l'gard de l'aire ou du centre 
de la Ileur oceup par les fleurons, on l'appelle le Dque, & on donne 
aul quelquefois ce m6me nom de difque  la furface du rceptacle oh - 
font plant,s tous les fleurons & demi-fleurons. Dons les fleurs radies 
le difque eli lbuvent d'une couleur, & le rayon d'une autre : cepen- 
dant il y a au des genres & des efpeces off tous les deux font de 
mme couleur. 
Tchons 5 prfent de bien dterminer dans votre efprit l'ide d'uge 
eur compde. Le Tree ordinaire fleurit en cette faifon ; fa fleur eft 
pourpre. S'il vous en tomboit une fous la main, vous pourriez, en 
voyant rant de petites fleurs raffemblSes, dtre tente de prendre 
tout pour une fleur compof6e. Vous vous tromperiez ; en quoi 
ce que, pour conituer une fleur compofe, il ne fut pas d'une 
grgation de plufieurs petites fleurs, mais qu'il faut de plus qu'une 
ou deux des parties de la fruification leur foient communes, de ma- 
niere que routes aient part k la mme  & qu'aucune n'ait la liennc f- 
rr 



la pIarafe de auhin, de cker l'aureur original,  non a, celui 
l'a tranfcrit, comme on fair trs-injuement en France. De forte que, 
quoique prefque route la nomenclature de Tournefort foit tir6e mot  
mot du Pinax, on croiroit,  lire les BotaniZes Francois, qu'il n'a ja- 
mais exi6 ni Bauhin ni Pinax au monde; & pour comble, ils font 
encore un crime k Linnus de n'avoir pas imit6 leur partialit6. 
A l'6gard des Plantes dont Tournefort n'a pas tir les noms du 
Pinax, on en trouve aif6ment la concordance dans les Auteurs Fran- 
cois Linnmies, tels que Sauvage, Gouan G6rard Guettard & d'Ali- 
bard, qui l'a prefque toujours thivi. 
J'ai fair cet hirer une feule herborifation dans le bois de Boulogne , 
& j'en ai rapport6 quelques Mouffes. Mais il ne faut pas s'attendre 
qu'on puiffe compl&er tousles genres, m6me par une efpece unique. 
11 yen a de bien difliciles  mettre dans un herbier, & il yen a 
de fi rares, qu'ils n'ont jamais paff6 & vrailmblablement ne pafferont 
jamais fous rues yeux. Je crois que dans cette famille, &dans celle 
des Algues, il faut fe tenir aux genres dont on rencontre affez fouvent 
des eqeces, pour avoir le plaifir de s'y reconnoitre, & n6gliger 
ceux dont la rue ne nous reprochera jamais notre ignorance, ou dont 
la figure extraordinaire nous fera faire effort pour la vaincre. J'ai la 
rue fort courte, rues yeux deviennent mauvais, & je ne puis plus 
efp6rer de recueillir que ce qui fe prdfentera fortuitement dans les lieux 
-peu-prs oh je faurai qu'e ce que je cherche. A l'6gard de la maniere 
de chercher, j'ai lhivi M. de Jueu dans fa derniere herborifation, & je 
la trouvai fi tumultueufe & fi peu utile por moi, que quand il en 
auroit encore ait, j'aurois renonc6  l'y fuivre. J'ai accompagn6 fort 
neveu l'ann6e derniere, moi vingtieme,  Montmorenci, & j'en ai 
rapport6 quelques jolies plantes, entr'autres la Lyfimachia-Tenella, 
que je crois vous avoir envoy6e. Mais j'ai trouv6 dans cette herborifa- 
tion que les indications de Tournefort & de Vaillant font trbs-fau- 
tires, ou que depuis eux, bien des plantes ont chang6 de Ibl. J'ai 
cherch6 entr'autres, & j'ai engag6 tout le monde  chercher avec foin 
le Plantago Monanthos  la queue de l'&ang de Montmorenci, &dans 
tousles endroits oh Tournetbrt & Vaillant l'indiquent, & nous n'en 
avons pu trouver un lul pied : en revanche, j'ai trouv6 plufieurs plantes 
de remarque, & mme tout pr6s de Paris, darts des lieux o elles ne 
uvres Ph. Tome 11. T t t 



ainfi le travail de cette d6termination , 8: ce travail ne feroit qu'un 
plaifir pour moi qui en ai l'habitude, & qui m'y livre avec paflion. 
I1 me femble, Monfieur, que de cette maniere vous auriez fair en 
peu de terns le relev des produ&ions vgdtales de vos terres & des 
environs, & que vous livrant fans fatigue au plaifir d'obferver, vous 
pourriez encore, au moyen d'une nomenclature affure, avoit celui 
de comparer vos obfervations avec celles des auteurs. Je ne me fais" 
pourtant pas fort de tout ddterminer. Mais la longue habitude de 
fureter des campagnes m'a rendu familieres la plupart des plantes 
indigenes. I1 n'y a que les jardins & produions exotiques o, je 
me trouve en pays perdu. Enfin ce que je n'aurai pu dterminer 
fera pour vous, Monfieur, un objet de rech'rche & de curiofit qui 
rendra vos amufemens plus piquans. Si cet arrangement vous plait, 
je fuis 5. vos ordres, & vous pouvez &re ffir de me procurer un 
amufement trb-intd-reffant pour moi. 
J'attends la note que vous m'avez promife, pour travailler fi la 
remplir autant qu'il dpendra de moi. L'occupation de travailler ?t 
des Herbiers remplira trs-agr6ablement rues beaux jours d'6t. Ce- 
pendant je ne prdvois pas d'&re jamais bien riche en plantes 6tran- 
geres, &:, felon moi, l plus grand agrment de la Botanique ef 
de pouvoir tudier & connoitre la nature autour de foi plut6t qu'aux 
]ndes. J'ai t pourtant affez heureux pour pouvoir infrer dans le petit 
recueil que j'ai eu l'honnetr de vous envoyer, quelques plantes cu- 
rieufes, & entr'aut res le vrai papier, qui jufqu'ici nYtoit point connu 
en France , Fas m6me de /I. de Juffieu. Il el1 vrai que je n'ai pu 
vous envoyer qu'un brin bien mifdrble , mais'c'en eli affez pour 
difinguer ce rare & pr6cicux fouchet. Voil bien du bavardage, mais 
la Botanique m'entraine, & j'ai le plailir d'en parler avec vous: 
accordez-moi, Monfieur, un peu d'inlulgence. 
Je ne vous envoie que de vieilles Mouffes;.j'en ai vainement 
cherch6 de nouvelles dans la campagne. II n'y en aura guere qu'au 
mois de Fvrier, Farce que l'automne a 6td trop fec. Encore faudra- 
t-il les chercher au loin. On n'en trouve guere autour de Paris que 
les m,,'ncs rptes. 



s'il clt foible, il com?te fir fes alli.nces; quelquefois il lui c utile 
u-dedans de purger de mauvaifes humeurs, d'affoiblir des fu}cts ino- 
ciles  d'effu'cr mme des revers & le politique habile fait tirer 
avantage de ls propres d6faites. J'efpere qu'on fe lbuviendra que ce 
n'c [.as moi qui raifonne ainli, mais le Sophie de Cour, qui prfere 
un grnd tcrritoire & peu de fijets pauvres & foumis,  l'empire in- 
branlablc que donncnt u Prince la juice &lcs loix  fur un euple 
heureux & floriffant. 
C'e encore par lc mme principe qu'il rfute cn lui-mmc l'argu- 
ment tir de la fufpenfion du commerce, de 1 dpopulation , du d- 
rangement des finances & des pertes r6clles quc caufe une vaie 
conqu6te. C'e un calcul trs-fautif que d'6valuer tou}ours en argett 
les gains ou los pertes des Souverains ; le degr6 de puiffance qu'it 
ont en rue ne fe commie point par le millions qu'on poflde. Le Prince 
fair touiours circuler fes projets ; il veut commander our s'enrichir, 
& s'enrichir pour commander : il facrifiera tour--tour l'un & l'utre 
pour acqurir celui des deux qui lui manque mais ce n'e qu'afin de 
parvenir  les poffder tousles deux enfemble qu'il les pourfuit fpa- 
rment ; car pour dire le maitre des hommes & des chores, il fau qu'l 
air  la lois l'empire.& l'argcnt. 
Ajoutons enfin, fur les grands avantages qui doivent r6fulter pour 
le commerce, d'une paix g6n6rale & perp6tuelle, qu'ils font bien en 
eux-m6mes certains & inconteables, mas qu'6tant communs  tous, 
ils ne feront r6els ['our perfonne, attendu que de tels avantages ne fe 
fentent que par leurs diff6rences, & que pour augmenter fa puiffance 
relative, on ne dolt chercher que des biens exclufifs. 
Sans ceffe abuf6s par l'apparence des chores, les Princes rcjetteroient 
donc cette paix quand ils pelroient leurs int6r6ts eux-m6mes ; que 
tbra-ce quand ils les feront pefer par leurs Minircs, dont les int6r6u 
font toujours oppofds  ceux du peuple, & prefque toujours  ceu 
du Prince ? Les Minires ont befoin de la guerre pour fe rendre n- 
ceffaires, pour jetter le Pince dans des embarras donr il ne fe puiffe 
tirer lhns cux, & pour perdre l'Etat, s'il le faut, plut6t que leur 
place : ils en ont heroin pour vexer le peuple, fous pr6texte des n6- 
cets publiques ; ils en ont befoin pour placer leurs cr6atures, gagner 
ur les mchs ) & fire en fecret mille odieux monopoles ; ils en o 



o8 L'ABBi SAZ  r-PzE    e. 
On pourroit pouffer encore plus loin cette circulation des dpar- 
temens, en l'tendant jufqu' la Prfidence mme ; car s'il toit de 
l'avantage de la Rpublique Romaine, que les Confuls redevinffent 
tu bout de l'an fimples Snateurs en attendant un nouveau Con- 
fulat, pourquoi ne feroit-il pas de l'avantage du Royaume, que 
lrfidens redevinffent apr&s deux ou trois ans fimples Confeillers, 
en attendant une nouvelle Prfidence ? Ne feroitoce pas, pour ainfi 
dire, propofer un prix tous les trois ans t ceux de la Compagnie 
qui, durant cet intervalle, fe difHngueroient dans leur Corps . 1Ne 
feroit-ce pas un nouveau reffort trbs-propre  entretenir dans une 
continuelle a0civit le mouvement de la machine publique; & le 
vrai fecret d'animer le travail commun n'ef-il pas d'y proportionner 
toujours le falaire ? 

CHA PI T RE VII, 

'lutres avantages de cette circulation. 
'E n'entreral point dans le dtail des avantages de la circulatloa 
lort6e t ce dernier degr6. Chacun doit voir que les d6placemens 
devenus nceffaires par la dcrpitude ou l'affoiblifl'ement des Pr6- 
fidens, fe feront ainfi fans duret & fans effort i que tes ex-prfidens 
des Confeils particuliers auront encore un objet d'616vation , & les 
membres de ce Confeil celui d'y pouvoir prfider t leur tour ;que 
cette alternative de fubordinatjon & d'autorit rendra l'une & l'autre 
en mme tems plus parfaite & plus douce ; que cette circulation de 
la Prfidence ef le plus ffir moyen d'empdcher la Polyfynodie de 
pouvoir dg6nrer en Vilirat ; & qu'en gnral la circulation rpar- 
tiffant avcc plus d'galit les lumieres & le pouvoir du Minitere entre 
plufieurs membres, l'autorit royale domine plus aifment fur chacun 
d'eux: tout cela dolt fauter aux yeux d'un leOceur intelligen i & 
'il falloit tout dire, il ne faudroit rien abr6ger. 



566 E s 

SAI 

CHAPITRE IV. 
Des carac"teres diflnc'-tifs de la premiere Langue & des dangemens qu'elIe 
ills fimples forts fortent naturellement du gorier, la bouche ef na- 
turellement plus ou moins ouverte ; mais les modifications de la lm- 
gue & du palais qui font articuler, exigent de l'attention , de l'exer- 
cice, on ne les fait point fans vouloir les faire, tous les enfans ont 
befoin de les apprendre, & plufieurs n'y parviennent pas aif6ment. 
Dans toutes les langues les exclamations les plus vires font inarticu- 
16es ; les cris, les g6miffemens font de fimples voix; les muets, 
-dire, les lburds, ne pouflntque des fons inarticul6s : le Pete Lami 
ne con:oit pas m6me que les hommes en euffent pu jamais inventer 
d'autres, fi Dieu ne leur efat expreffement appris b. parler. Les arti- 
culations font en petit hombre, les fons font en nombre infini, les 
accens qui les marquent peuvent fe multiplier de m6me; toutes les 
notes de la Mufique font autant d'accens ; nous n'en n'avons , il 
vrai, que trois ou quatre dans la parole, mais les Chinois en ont 
beaucoup davantage ; en revanche ils ont moins de confonnes. Acette 
fource de combinaifons , ajoutez celle des terns ou de la quantit6, 
vous aurez non- feulement plus de roots, mais plus de fyllabes diver- 
fifi6es que la plus riche des langues n'en a befoin. 
Je ne doute point qu'ind6pendamment du vocabulaire & de la fyn- 
taxe, la premiere langue, fi elle exioit encore, n'efit gard6 des 
cara&eres originaux qui la diingueroient de routes les autres. Non- 
feulement tous les tours de cette langue devoient 6tre en images, en 
fentimens, en figures; mais dans f pattie m&anique elle devroit 
r6pondre  fon premier objet, & pr61bnter au fens, ainfi qu'S l'en- 
tendement, les impreons prefque indvitables de la paon qui chef- 
the  fe communiquer. 
Comme les voix naturelles font inarticul6es, les roots auroient peu 
d'articulations ; quelques confonnes interpof6es effaant l'hiatus des 
voyelles, furoient pour les rendre coulantes & faciles  prononcer. 
En revanche les lbns feroient tr&-vari&, & 1 diverfit6 des accen 



mdme qu'on 6crivi de on terns. Jai grand regret que ce douse oit 
formellement ddmenti par l'hifloire de Bellerophon dans l'Iliaae: 
comme j'ai le malheur, au-bien que 
obltin6 dans rues paradoxes, fi j'dtois moins ignorant, je erois bien 
tent6 d'dtendre rues doures ur certe hiRoire mdme, & de l'accuer 
d'avoir 66, ans beaucoup d'examen , interpollde par les comilareurs 
d'Homere. Non-eulement dans le reRe de l'Iliade, on voi peu de 
traces de cet art ; mais 
de bdties & d'inepries qu'une lettre ou deux eufen rduit en umde ; 
au lieu qu'on rend ce Pome raionnable & mme aez bien conduit, 
en fuppofant que fes hros aient ignor l'criture. Si l'Iliade efit t6 
6crite, elle efit &6 beaucoup moins chantde, les rhaplbdes euffent 6t6 
moins recherchds & fe feroient moins multiplids. Aucun autre Poete 
n'a 6t ainfi hant6, fi ce deft le Taffe  Venife, encore n'e-ce que 
par les Gondoliers, qui ne lbnt pas grands le&eurs. La diverfit6 des 
diale&es employds par Homere, forme encore un prjug6 tr+s-fort. 
Les diale&es diinguds par la parole fe rapprochent & fe confondent 
par l'dcriture, tout 1 rapporte inlnfiblement  un modele commun. 
Plus une nation lit & s'inRruit, plus fes dialetes s'effacent, & enfin 
ils ne reent plus qu'en forme de jargon chez le peuple, qui lit peu 
qui n'dcrit point. 
Or, ces deux Pomes 6rant podrieurs au ridge de Troye, il n'e 
gueres apparent que les Grecs qui firent ce fiege connuffent l'dcriture, 
& que le PoFte qui le chanta ne la connfit pas. Ces Pomes reRerenc 
long- terns 6crits, feulement dans la mmoire des hommes ; ils furent 
raflmblds par 6crit affez tard & avec beaucoup de peine. Ce fut quand 
la Grece commena d'abonder en livres & en podfie 6crite, que tout 
le charme de celle d'Homere fe fit fentir par comparaifon. Les autres 
PoStes 6crivoient, Homere feul avoit chant, & ces chants divins n'ont 
ceffd d'etre 6coutds avec raviffement que quand l'Europe s'e couverte 
de barbares, qui fe font mls de juger ce qu'ils ne pouvoient fentir. 



580 EssAI 
m6me chore :hors eux & leur famille, l'unlvers entler ne leur 
6toit rien. 
De-lt, les contradi&ions apparentes qu'on voit entre les peres 
des nations : rant de naturel & rant d'inhumanit, des moeurs fi 
f6roces & des coeurs fi tendres, rant d'amour pour leur farnille 
d'averfion pour leur efpece. Tous leurs fentimens concentr6s entre 
lcurs proches, en avoient plus d'6nergie. Tout ce qu'ils connoif- 
foient leur 6toit chef. Ennemis du refte du monde qu'ils ne voyoient 
point & qu'ils ignoroient, ils ne haiffoient que ce qu'ils ne pou- 
voient connoitre. 
Ces terns de barbarie 6toient le fiecle d'or, non parce que 
hommes 6toient unis, mais parce qu'ils 6toicnt f@ar6s. Chacun, 
dit-on, s'eftimoit le maitre de tout, cela peut 6tre; mais nul ne 
:onnoifl'oit & ne deliroir que ce qui 6toit fous fa main : fes befoin, 
loin de le rapprocher de fes femblables Pen 61oignoient. Les hommes, 
tq l'on veut, s'attaquoient dans la rencontre, mais ils fe rencon- 
troient rarement. Par-tout rdgnoit l'6tat de guerre, & route la 
erre 6toir en paix. 
Les premiers hommes furent chafl'eurs ou bergers, & non pas la- 
boureurs; les premiers biens furent des troupeaux & non pas des 
daamps. Avant que la proprit de la terre ffit partag6e, nul ne 
penfoit 5. la cultiver. L'Agriculture eli un art qui demande des inf- 
trumens; femer pour recueillir eli une prdcaution qui demande de 
la prvoance. L'homme en focidt cherche 5. s'tendre, l'homme 
ifol fe refferre. Hors de la porte oft fon oeil peut voir, & oh fon 
bras peut atteindre, il n'y a plus pour lui ni droit, ni propridt. 
Quand le Cyclope a roul la pierre , l'entrde de fa caverne, fes 
troupeaux & lui font en sfiretd. Mais qui garderoit les moiffons 
de celui pour qui les loix ne veillent pas . 
On me dira que Cain fur laboureur, & que Nod planta la vigne. 
1)ourquoi non . lls &oient feuls, qu'avoient-ils S craindre ? D'ail- 
leurs ceci ne fair rien contre moi; j'ai dit ci-devant ce que j'en- 
tendois par les premiers tems. En devenant figitif, Cain fur bien 
forc d'abandonner l'agriculture ; la vie errante des defcendans de 
No dut aufli la leur faire oublier; il fallut peupler la terre avant de 
la cultiver; ces deux chores fe font real enfemble. Durant la pre- 



foient dans la nature, la regle de tous les rapports. Or, tout dam 
l'univers n'el que rapport. On fair donc tout quand on fair peindre, 
on fair rout quand on fait affortir des couleurs. 
Que dirions-nous du Peintre alt-ez dpourvu de fentiment & de 
gofit pour raifonner de la forte, & borner lupidement au phyfique de 
lbn art le plaifir que nous fair la Peinture Que dirions-nous du 
Muficien qui  plein de priugs femblables, croiroit voir dans la 
feule harmonie la fource des grands effets de la Mufique ? blous en- 
verrions le premier mettre en couleur des boiferies  & nous condam- 
nerions l'autre t faire des Opera franffois. 
Comme donc la Peinture n'ef[ pas l'art de combiner des couleurs 
d'une manierc zgrable t la vue, la Nlufique n'el pas non plus l'art 
de combiner des fons d'une maniere agrable t l'oreille. S'il n'y avoit 
que cola, l'une & l'autre feroient au nombre des fciencesnaturelles, 
& non pas des beaux-arts. C'ePc l'imitation feule qui les 61eve b. ce 
rang. Or., qu'el-ce qui fair de la Peinture un art d'imitation ? C'ell 
le deffein. Qu'ePc-ce qui de la Mufique eta ttit un autre ? C'ef[ la 
mlodie. 

CHAPITKE XIV. 

De l'Harmonie. 

k,.A beaut des fons eft de la nature ; leur effet eft purement phy- 
fique; il rfulte du concours des diverfes particules d'air miles en 
mouvement par le corps fonore, & par routes fes aliquotes, peut- 
tre  l'infini ; le tout enfemble donne une fenfation agr6able : tous 
les hommes de l'univers prendrotat plaitir t couter de beaux fons ; 
rnais fi ce plaifir n'ef[ anim par des inflexions mdlodieufes qui leur 
foient familieres, il ne fera point dlicieux, il ne fe changera point 
en volupt6. Les plus beaux chants,  notre gr, toucheront touiours 
mdiocrement une oreille qui n'y fera point accoutume; c'ef[ une 
langue dont il faut avoir le Di&ionn.ire. 
L'harmonie proprement dite eR dans un cas bien moins favorable 
cncore. N'ayant que des beauts de convention , elle ne flatte t nul 
gard les oreilles qui n'y font pas exerces ; il faut en avoir une Ion- 



ficales; voile, d'oh nalt l'empire du-chant fi, r les coeurs fenfiblcs. 
L'harmonie y peut concourir en certains fyft6mes, en liant la fuc- 
ceflion des fons par quelques loix de modulation, en rendant les in- 
tonations plus juffes, en portant b. l'oreille un t6moignage affur6 de 
cette jufieffe, en rapprochant & fixant, des intervalles confonnans & 
li6s, des inftexions inappr6ciables. Mais en dormant aufli des entraves 
 la m61odie, elle lui 6re l'6nergie & l'expreffion, elle efface l'accent 
10affionn6 pour y fubfiituer l'intervalle harmonique, elle.affujettit b. 
deux feuls modes , des chants qui devroient en avoir autant qu'il y a 
de tons oratoires, elle efface & ddtruit de multitudes de fons ou 
d'intervalles qui n'entrent pas dans fon fyf[6me ; en un mot, elle f6- 
pare tellement le chant, de la parole, que ces deux langages fe com- 
battent, fe contrarient, s'6tent mutuellement tout cara&ere de v6rit$, 
& ne fe peuvent r6unir fans abfurdit6 dans un fujet path6tique. De- 
ll. vient que le peuple trouve toujours ridicule qu'on exprime en chant 
les paffions fortes & frieufes ; car il fair que dans nos langues, ces 
paflions n'ont point d'inflexions muficales, & que les hommes du Nord 
non plus que les cygnes, ne meurent pas en chantant. 
La feule harmonie eft mme infuffifante Four les expreflions qui 
femblent d6pendre uniquement d'elle. Le tonnerre, le murmure des 
eaux, les vents, les orages font mal rendus par de fimples accords. 
Quoi qu'on faffe, le feul bruit ne dit rien it l'efprit, il faut que les 
objets patient pour fe faire entendre, il faut toujours, dans route 
imitation, qu'une efpece de difcours fuppl6e . la voix de la nature. 
Le Muficien qui veut rendre du bruit Far du bruit, fe trompe ; il 
nd connoit ni le foible ni le fort de fon art ; il en juge fans go6t, fans 
lumieres, apprenez-lui qu'il doit rendre du bruit par du chant; que 
s'il faifoit croaffer des grenouilles, il faudroit qu'il les fit chanter ; 
car il ne fuffit pas qu'il imite, il faut qu'il touche & qu'il plaife fans 
quoi fa mauffade imitation n'elt rien, & ne donnant d'int6rt t per-. 
fonne  elle ne fair nulle impreflion. 

CHAPITI  E 



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